Paul-Albert Baudoüin — Les Joies de la vie

Au cœur de la Maison Hannon, la fresque Les Joies de la vie (1904) de Paul‑Albert Baudoüin constitue bien plus qu’un décor. Elle structure l’espace et transforme la cage d’escalier en un lieu de contemplation. Pensée dès l’origine pour s’intégrer à l’architecture, elle s’inscrit dans l’idéal symboliste de l’« art total », où peinture, architecture, lumière et ornements se fondent dans une expérience sensible. Monumentale et enveloppante, la fresque confère à cet espace de passage une atmosphère à la fois intime et solennelle, faisant du quotidien un temps de méditation. Par son sujet pastoral et allégorique, situé dans une Arcadie crépusculaire, elle célèbre l’harmonie de la nature et les « joies de la vie », dans une vision pacifiée du monde, fondée sur l’accord entre l’humain et le cosmos.

La correspondance de Baudoüin permet de retracer avec précision la genèse de cette œuvre, sa première fresque réalisée dans un cadre domestique. Commandée par Édouard Hannon, elle prend forme entre janvier et mars 1904, après une rencontre à Paris et une phase de réflexion pour la technique de la fresque, procédé renaissant délaissé que l’artiste souhaite raviver. Le chantier, mené à Bruxelles selon des exigences techniques strictes, témoigne d’une conception rigoureuse de la fresque comme matière vivante, intimement liée au mur. Cette intégration se manifeste visuellement par l’absence de cadre au sens traditionnel, remplacé par une bordure végétale peinte, qui donne à l’ensemble l’apparence d’une tapisserie murale précieuse, à mi‑chemin entre monumentalité et intimité.

La sollicitation de Paul-Albert Baudoüin pour cette réalisation semble être le fruit des liens interpersonnels et des réseaux constitués autour de la famille Hannon. En effet, Baudoüin n’est autre que le beau-frère, par mariage, de Louise Dumesnil, née Louise Reclus, sœur du géographe et intime de Mariette Hannon, la sœur d’Édouard. 

Formé auprès de Pierre Puvis de Chavannes, Baudoüin s’inscrit dans une tradition symboliste méditative, marquée par la simplicité des formes, la sobriété allégorique et l’intégration architecturale. À la différence d’un symbolisme ésotérique, il développe ici un symbolisme naturaliste et humaniste, nourri de références néoplatoniciennes, musicales et cosmologiques. Le parcours ascensionnel de l’escalier, la lumière du soir, les figures chantant l’harmonie du monde et la voûte étoilée participent d’un discours cohérent, où l’art devient vecteur de connaissance et d’accord entre microcosme et macrocosme. La fresque de la Maison Hannon apparaît ainsi comme un lieu de contemplation, où l’art confère une dimension sacrée au quotidien.